Titre
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Le principe d'une satisfaction juste et équitable
Dans cette affaire, les atteintes à la Convention ont été multiples, particulièrement graves, et surtout volontaires. En l’espèce, le gouvernement français a détourné sciemment les institutions théoriquement au service de la garantie des droits fondamentaux, pour les mettre au contraire au service de la violation de ces droits fondamentaux. Dès lors, il convient de décider une satisfaction équitable exceptionnelle, fondée sur le caractère historique, sans précédent, de l’affaire. Chacune des entraves est déjà grave en soi, mais c'est surtout leur accumulation volontaire qui impose d'évaluer le préjudice sur un principe proportionné au caractère exceptionnel de l'étendue des entraves. Il est nécessaire que le montant de la satisfaction équitable revête un caractère punitif, dissuasif de toute récidive. Jamais auparavant l'État français - administration, justices judiciaire et administrative - n'avait conjugué sciemment à ce point l'ensemble de ses pouvoirs d'entrave à la liberté syndicale, au mépris de ses propres lois et des traités qu'il a signés.
Nous n’avons pas affaire ici à une succession de négligences, mais à la mobilisation de tout l’appareil d’État, et singulièrement de sa plus haute juridiction, vers un seul but: écraser volontairement le syndicat SAIGI. Les dispositions prévues pour protéger la liberté syndicale ont été utilisées systématiquement comme moyens essentiels de violation de la liberté syndicale. Dès lors, une satisfaction juste et équitable pourrait se fonder sur le principe suivant:
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Exemple de l'application du principe qui vient d'être énoncé, à l’infraction au grand principe du non bis in idem:
M. Gobry, devant le conseil de discipline, a été jugé ET puni deux fois: il sollicite donc deux fois un million d’euros à ce titre (double violation du principe non bis in idem) ; M. Gobry, devant le Conseil d’État, a été jugé deux fois: il sollicite un million d’euros à ce titre (encore une violation du principe non bis in idem) ; soit au total trois millions d’euros de satisfaction équitable pour M. Gobry au chapitre du principe non bis in idem.
De même, pour sa part, M. Secret, devant le conseil de discipline, a été jugé ET puni deux fois: il sollicite deux millions d’euros à ce titre ; Et M. Secret, devant le Conseil d’État, a été jugé deux fois: il sollicite un million d’euros à ce titre ; soit au total trois millions d’euros de satisfaction équitable pour M. Secret au chapitre du principe non bis in idem.
Au total, la liberté syndicale a été violée six fois puisque le grand principe non bis in idem a été violé six fois pour entraver la liberté syndicale: C'est pourquoi le SAIGI réclame au chapitre du principe non bis in idem six millions d’euros.
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Autre exemple: celui de la violation du Droit à avocat:
Devant le Conseil d’État, M. Gobry a été privés de l’avocat obligatoire par la procédure de l’aide juridictionnelle qui a mal fonctionné du seul fait des institutions étatiques. De ce fait, il a été atteint au droit au tribunal de M. Gobry, qui réclame donc à ce titre un million. Mais ce même fait constitue, on l’a vu, une triple atteinte à l’égalité des armes: au titre des droits de la défense (M. Gobry n’a pas été bien défendu) ; à un autre titre de l’égalité des armes qui n’est pas compris dans les droits de la défense: MM. Gobry et Secret n’ont pas été à la hauteur de leur adversaire, l’État ; au titre de l’équilibre processuel des rôles qui suppose l’égalité des conditions (le Conseil d’État a abusé de son pouvoir dans l’administration de l’équilibre des rôles). Ainsi, en privant dans ces conditions M. Gobry d’avocat, le Conseil d’État a atteint à quatre grands principes. C’est pourquoi M. Gobry sollicite quatre millions à ce titre.
Pour sa part, M. Secret a été privé dans les mêmes conditions d’avocat. De sorte qu’il sollicite, comme M. Gobry, quatre millions de satisfaction équitable à ce titre.
Le SAIGI sollicite au chapitre de la privation d’avocat huit millions d’euros.
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Et ainsi de suite pour toutes les autres infractions de l’espèce commises par le gouvernement français. Le moment venu, un état précis devra être dressé, qui engloberait également les autres préjudices moraux, et les matériels.
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Autre principe de la satisfaction juste et équitable en l'espèce: Si le total n’atteignait pas 500 millions d’euros, le SAIGI ne tiendrait pas sa satisfaction pour juste et équitable.
* Dans l'affaire Executive Life, les juges américains ont condamné les Français à 771,5 millions de dollars pour une fraude. Or, il est incontestable que l’affaire SAIGI est incommensurablement plus grave: elle ne concerne pas une simple fraude, mais de multiples fraudes, aggravées par la violation volontaire, inexcusable, répétée et systématique des grands principes à la garantie desquels la France s’est solennellement engagée devant la communauté internationale.
* Dans l’affaire Microsoft, la Commission européenne a condamné une société privée à 495 millions d’euros pour concurrence déloyale. L’Union européenne aurait pu aller jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires de Microsoft.
Venant sciemment d’un gouvernement, et par analogie, les violations multiformes à ce point caractérisées et inexcusables à la liberté syndicale pourraient légitimement être punies par un tribunal supranational par une amende de 10 % du budget de l’État, niveau pour que ce soit vraiment punitif. La condamnation du gouvernement français à une peine sensiblement inférieure aux peines infligées par l’État américain et la Commission européenne dans les deux affaires Microsoft et Executive Life, serait comprise comme un message clair adressé par la Cour européenne: la fraude et la concurrence déloyale sont des infractions plus graves qu’une série de dimension historique de fraudes et d’entraves systématiques et volontaires organisées par un gouvernement à une liberté fondamentale ayant entraîné la quasi disparition du syndicat qui l’indisposait.
Il convient de relativiser le
montant de 500 millions:
1) Le déficit des finances de l’État
français dépasse 55 milliards d’euros.
500 millions d’euros, c’est moins
de 1 %, non du budget de l’État, mais de son déficit.
Les dépenses du budget général se
monteront à 300 milliards environ en 2004: on est loin, avec 500 millions, des
10 % d'amende que la Commission peut infliger à une société privée, qui feraient
30 milliards.
2) Le gros des moyens des
syndicats, en France, provient des contribuables à travers les subventions en
numéraire et en nature de L'État, des collectivités locales, d’organismes
publics tels que la Sécurité Sociale, et à travers les mises à disposition
gratuites de personnels payés par ces organismes. Emplois fictifs, contrats
fictifs de «formation», téléphone, affranchissements, locaux gratuits: de
sorte qu’il est impossible de connaître avec exactitude le montant des dépenses
de l’État vers les syndicats professionnels.
| Article du magazine
Challenges, avril 2004: «Je suis un emploi fictif», répète à tout va Jean-Luc Cazettes, président de la CFE-CGC
(Confédération française de l’encadrement). Après vingt ans de travail à
TotalFinaElf, il est entré au bureau national du syndicat en 1992 et continue
d’être payé par l’entreprise pétrolière, sans y mettre jamais les pieds. Il ne
possède plus aucun mandat lui permettant d’être payé en heures de délégation par
l’entreprise. Sur les 22 élus de la confédération, aucun n’est, d’ailleurs, payé
par la CGC. «Je l’ai expliqué à Jacques Chirac, à Lionel Jospin, à Jean-Pierre
Raffarin… Quand je les rencontre, je leur dis: “J’espère que les gendarmes qui
sont derrière nous ne vont pas me passer les menottes”. Chirac, il n’aime pas
qu’on lui parle d’emplois fictifs…» Mais aucun gouvernement n’a encore réformé
le système de financement des syndicats. |
3) La question du coût des syndicats avait été débattue sous le gouvernement Jospin et il avait été envisagé d’affecter aux syndicats un nouveau prélèvement de 0,5% sur les salaires en vue de «moraliser» leur financement. L’idée était de substituer au financement occulte actuel du syndicalisme, un financement transparent financé par une taxe de 0,5 % sur les salaires. La même piste est l'une de celles qui avait été étudiées par le cabinet Fillon, et elle a même déjà fait l'objet d'une proposition de loi d'un député. Ainsi, il est reconnu et accepté comme légitime que les syndicats coûtent à l’État environ 0,5 % de la masse salariale. Puisqu’on envisage de substituer le financement actuel par un financement d’un montant de 0,5 % des salaires, on peut légitimement évaluer les coûts actuels, officiel et non officiel, des syndicats pour l’État à 0,5 % de la masse salariale.
Or, la masse salariale représente en France à peu près les deux tiers de la valeur ajoutée. Son montant total est de l’ordre de 1000 milliards d’euros. Une taxe de 0,5 % sur les salaires rapporterait donc 5 milliards à l’État en vue de financer de façon transparente les syndicats. Le budget annuel «syndicats» de l’État peut donc être ainsi grossièrement reconstitué, malgré son opacité: 5 milliards.
Conclusion: une satisfaction équitable versée en une seule fois à 500 millions d’euros ne représenterait que 10 % du budget «syndicats» annuel de l’État, c'est-à-dire de ce dont bénéficient tous les ans les syndicats.
A titre de comparaison, le syndicat CGT est partiellement financé par un prélèvement de 1 % sur le chiffre d’affaires (et non la masse salariale) de EDF-GDF, ce qui lui rapporte, à ce seul titre, 480 millions d’euros. Par an. En réalité, explique M. Pierre Daurès, ancien directeur général d'EDF, dans un livre qui vient de sortir chez Robert Laffont («Un scandale français»), la contribution totale d'EDF à la CGT se monterait plutôt à 600 millions d'euros par an. En plus du numéraire, il faut en effet compter «les détachements accordés par la direction des ressources humaines [auxquelles] s'ajoutaient des milliers d'heures obtenues au fil de l'eau dans les différentes unités régionales et locales de l'entreprise.»
Le SAIGI, quant à lui, n'est pas près de pouvoir bénéficier de ce genre d'avantages accordés aux syndicats. L'État, s'il perd, versera une fois la satisfaction juste et équitable prononcée par les tribunaux compétents, mais il est prévisible qu'il attendra longtemps avant d'accorder au syndicat gagnant les avantages qu'il concède de façon courante aux autres syndicats. Avec 500 millions d'euros, le SAIGI, devenu en 2000 le SAIGI-Syndicat des hauts fonctionnaires, devra donc financer sur plusieurs années les investissements nécessaires à «sortir la tête de l'eau».